Critique de Freak Island v.1 le 21/02/16 à 04:47 par Kouje
Masaya Hokazono, l'auteur de Freak Island, n'est pas un débutant dans le milieu du manga. Il compte déjà plus d'une vingtaine de séries à son actif. Il est un peu un touche à tout et explore de multiples genres comme l'anticipation, le fantastique, l'occultisme et même la comédie. Pour sa toute dernière production, il nous revient cette fois avec une histoire d'horreur.
 
© 2014 Masaya HOKAZONO / Take Shobo

Le pitch est simple : Six personnages, membres d'un club archéologique font naufrage sur une île où vit une famille de tueurs psychopathes. Ce bout de terre au milieu de l'océan, pour des raisons ambiguës, est abandonné par le reste du monde ce qui rend les secours pour notre bande de joyeux clampins assez improbable. La seule solution : survivre et surtout, trouver de quoi s'enfuir le plus rapidement possible de cet endroit, au départ plutôt bucolique, mais qui va vite devenir un enfer !

Freak Island, c'est un peu le mélange entre les films Vendredi 13, massacre à la tronçonneuse et Seul au monde

Niveau originalité, on a connu mieux ! On sait très bien qu'on n'est pas sur les confessions de Jean-jacques Rousseau en achetant un manga dans le genre horrifique. On aurait pourtant pu se laisser entourlouper par la première page et croire à un genre nouveau horrifico-philosophique, avec une citation de La Rochefoucauld en préface, à laquelle on cherche encore un rapport avec l'histoire.
On ne va pas faire la fine bouche sur le registre de l'épouvante. C'est un genre calibré avec un style particulier évidement, mais rien n'empêche de partir sur une idée basique, de développer le contexte, l'univers et les situations pour rendre finalement une histoire absolument captivante.
Disons-le tout de go, malheureusement pour ce premier tome de Freak Island, c'est raté ! On est dans le syndrome nanar cinématographique où l'on sait très bien que le groupe va se faire décimer au fil des pages. Les scènes de boucheries, certes jubilatoires pour ceux qui aiment l'hémoglobine, se succèdent mais ne font qu'occuper des cases sans réel lien ou intérêt scénaristique. Il y a pas mal de manga de ce type qui sortent actuellement et certain arrivent très bien à remplir leur rôle de défouloir neuronal tout en étant agréables à suivre. On ne peut pas toujours prétexter que ce genre d'histoire impose irrémédiablement un contexte ridicule. On peut aimer voir des corps tranchés en deux (dit comme ça c'est étrange...) et apprécier d'être pris de court par un scénario original.

Mauvais départ donc pour ce premier tome mais creusons un peu plus loin et voyons la suite de l'histoire. Sur le groupe de protagonistes qui luttent pour ne pas finir en charpie, Takaku est amoureux en secret de la gentille Tomoka, qui elle, aime le beau et musclé Higashiyama. Quoi de mieux qu'un petit triangle amoureux, plein de poncifs, balancé à la va-vite sur les trente premières pages du manga pour donner un semblant de souffle au récit ? On ne nous épargne pas non plus des personnages clichés : La gentille copine intello à lunettes, le gros geek peureux et la belle de service. Des personnages comme on aime en somme, travaillés aux petits oignons dont on ne cerne absolument pas le rôle dans la suite du récit... Oui c'est de l'ironie.

Passons rapidement donc sur la bande de joyeux lurons archéologues pour aller voir ce qu'on nous donne du côté des méchants. Le premier que l'on rencontre, c'est Monsieur tête de cochon, une armoire à glace de surement deux mètres qui se ballade avec ses accessoires, une tronçonneuse et un masque en peau de porc confectionné avec amour. Tiens, mais ce ne serait pas exactement le personnage du film Motell Hell (1980) de Kevin Connor.
 
Motel Hell / Nuits de cauchemar

Le deuxième artisan boucher s'apparente étrangement au personnage biblique de Jésus mais celui-ci aime s'auto-crucifier à ses heures perdues pour piéger ces futures proies. De plus, comme il a visiblement mangé trop de poissons radioactifs, il peut augmenter sa masse musculaire et arracher des nez à main nue ! Oui des nez... Et non, on n'est pas perché, on l'a bien lu ! Tout ce délire se passe réellement dans les cases de Freak Island !

Le scénario c'est donc du réchauffé, sans grande consistance et au final, il ne se passe pas grand-chose sur les 160 pages de ce premier volume. Si nous nous attaquions aux dessins, trames et découpages des cases ? Comme nous le disions en introduction, le mangaka Masaya Hokazono est quelqu'un d'expérience alors pourquoi le côté technique est-il aussi dégueulasse ? Les dessins sont moches, on dirait du Tom-Tom et Nana. Les proportions des bras et jambes sont croquignolesques de plus, que dire des oreilles complètement hasardeuses. Il semble ne pas maîtriser les contre-plongées et les perspectives ce qui fait que, lorsqu'ils ne sont plus de face, on reconnait à peine les personnages. Vous pouvez voir quelques captures dans cette critique et ce ne sont même pas les pires. Seule la couverture est plutôt réussie mais, le comble, elle n'est pas de l'auteur ! C'est un assistant, Tatsu Murakoshi qui s'en est occupé... Comme quoi, méfions-nous des couvertures pour un choix d'achat de manga. Cela peut être trompeur.

En ce qui concerne les décors, c'est tout aussi faible. On sent l'utilisation abusive de règles pour tracer les objets et l'intégration de photos pour certains sols ou paysages frisent le ridicule car elles contrastent complètement avec le reste. Bizarrement, le style de l'auteur donne du relief aux scènes gores, c'est l'un des rares points positifs de cette lecture. Les visages et les corps étant déchiquetés lors de passages violemment gore, ce n'est plus un souci si le dessin part en cacahuète. L'autre point positif est le découpage des cases. Masaya Hokazono, le mangaka, arrive à garder le récit fluide et compréhensible. On arrive à suivre les péripéties des personnages sans problème. Il ne manquerait plus que ça !
 
© 2014 Masaya HOKAZONO / Take Shobo

Du côté de l'édition, ce titre ne souffre pas de malfaçon ou de grosse coquille mais on a du mal à comprendre le prix de 7.99€ pour 160 pages. Du coup, on est obligé d'insister sur le fait qu'il y a sans doute mieux en terme de contenu et de qualité pour un prix équivalent. Avec le nombre de titres qui paraissent chaque année, difficile de demander aux lecteurs de tout acheter ou alors il faut faire des gestes commerciaux plus qu'importants sur ce genre d'article, disons, médiocre.
Pour la traduction et le lettrage, Delcourt a fait le job. Les éditeurs français ont acquis beaucoup d'experience dans le domaine de l'édition manga et il est rare de nos jours de tomber sur des adaptations ratées. Bravo à eux d'ailleurs car c'est le consommateur qui en profite avant tout.
 
© 2014 Masaya HOKAZONO / Take Shobo

Pour conclure, vous l'aurez compris, Freak Island tome 1 est très décevant. Manque de qualité technique, scénario prévisible et édition sans réel attrait. L'idée de cette critique n'est pas de défoncer par plaisir un manga mais il y a eu beaucoup de publicité autour de ce titre sur internet ou dans la presse spécialisée qui mettait en exergue des qualités qu'il n'a pas du tout. Le marketing intense est arrivé depuis quelques années dans l'édition du manga, ce qui est une bonne chose pour valoriser la bande dessinée japonaise dans les pays francophones mais devient contre productif lorsqu'il promeut à outrance des titres de piètre qualités. L'idéal serait que les business plans s'orientent plus vers des titres de valeurs ce qui démontrerait qu'on ne cherche pas seulement à faire du profit en surfant sur les modes, pour freak Island c'est celle du survival horror par exemple.
Bref, on verra ce que donne la suite de l'histoire mais pour le moment, à part être adorateur du style et d'en faire collection, ce premier volume n'est pas indispensable.
cadre-Kouje

Kouje

Adepte de tous les types de mangas existants, je souhaite partager ma passion avec le plus grand nombre à travers ce site.
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Freak Island
Volume 1 (France)
Delcourt Manga
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