Critique de Hinomaru sumô-1 v.1 le 19/06/16 à 15:22 par Kouje
Depuis l’avènement du manga moderne dans les années 50, le monde du sport est devenu une source d’inspiration intarissable pour tous les mangakas japonais qui ont su nous offrir de véritables pépites en puisant sans complexe dans cette thématique.

En 1968, le cultissime Ashita no Joe, nous narre l’extraordinaire parcours d’un jeune orphelin roublard et bagarreur dans le monde de la boxe. Ce titre marquera les esprits nippons et deviendra même un symbole dans de nombreux mouvements d’extrême gauche de l’époque.

En 1990, le Japon découvre Slam Dunk du maître Takehiko Inoue et vibre pendant 6 ans avec son personnage principal Hanamichi Sakuragi au travers de matchs de Basketball endiablés. Ce manga est encore le deuxième préféré de tous les temps auprès des lecteurs nippons derrière One Piece et devant Dragon Ball !

On pourrait encore citer des titres comme Captain Tsubasa (football), Hikaru no go, (jeu de go), Haikyu!! (Volleyball), Eyeshield21 (football American), Touch (Baseball) ou bien encore Prince of tennis (tennis) qui n’ont pas à rougir de leur qualité intrinsèque face à d’autres styles de manga.

Bizarrement, dans cette multitude de best-sellers, l’un des sports national du Japon n’avait jamais été mis en avant, il s’agit bien sûr du sumo. L’artiste Kawada avec, comme son nom l’indique : Hinamoru Sumô tente de remédier à cet affront patriotique. La tâche s’annonce ardue tant la discipline sombre dans la ringardise aux yeux de la jeunesse japonaise, principale cible de ce shônen manga…

Historiquement, ce sport ancestral fut mentionné pour la première fois en 712 dans le Kojiki, "Chronique des faits anciens", premier livre d'écriture japonais qui relate la victoire de Takemikazuchi contre Takeminakata, deux dieux antiques lors d'un combat de sumo.

Mis à part cette légende, il semble que les combats de sumo soient apparus il y a près de 1 500 ans, sous la forme de rituels religieux shinto. Ce sport réservé aux hommes se pratique uniquement avec un mawashi (ceinture de tissu) et le but de chaque lutteur est d'éjecter l'adversaire hors du cercle de combat ou de lui faire toucher le sol par une autre partie du corps que la plante des pieds.

Lorsqu’un combattant se démarque des autres pendant sa carrière, il peut acquérir le titre suprême et très convoité de Yokuzuna ! Depuis 1998, aucun lutteur d’origine japonaise n’a réussi à mériter cette distinction absolue, les cinq derniers Yokozuna venant des Etats-Unis ou de Mongolie !
 
© 2014 Kawada / SHUEISHA

Il semble qu’il n’y a pas assez de relève au Japon pour dénicher le futur grand champion de la discipline. Trois soucis sautent aux yeux et expliquent l’inexorable désintéressement des jeunes japonais face à ce sport millénaire :

1/ On s’affronte torse nu, seulement vêtu d’un string géant : Il ne faut donc pas avoir peur du ridicule.
2/ La gent féminine est exclue de cette pratique soit 50% de la population du pays.
3/ Il n’existe aucune catégorie de poids ce qui élimine les personnes fluettes et légères.

On sait que des mangas sportifs plébiscités par le public provoquent une augmentation des inscriptions dans les clubs du sport traité, on comprend alors qu’Hinamaru Sumo se veut être l’étendard de cette pratique sportive afin d’y intéresser les jeunes et susciter des vocations !

L’histoire débute de façon très classique en nous présentant le personnage principal, Hinomaru Ushio, qui souhaite intégrer le club de sumo de son nouveau lycée. Avec un physique peu avantageux du fait de sa petite taille, le jeune homme affiche une détermination et un courage à toute épreuve. Son premier comparse Shinya Oseki, seul et unique membre actuel du club, est tout l’inverse d’Hinomaru.
Shinya a l’embonpoint requis pour le sumo mais également une peur inexorable de gagner qui l’envahit à chaque rencontre et le conduit irrémédiablement vers la défaite.

Un troisième partenaire se joindra au club un peu plus tard, adepte du combat de rue et sans aucune connaissance du sumo. Il tombe d’ailleurs à pic car les compétitions scolaires dans cette discipline se font par équipe de trois.

Plusieurs remarques concernant la première moitié du manga. En ce qui concerne l’introduction, l’auteur s’attaque déjà au sujet délicat des sumotoris et préfère rester dans un schéma narratif basique pour accrocher le lecteur rapidement. La prise de risque est minime mais cela va lui permettre de se concentrer sur d’autre aspect du récit tout aussi déterminant pour la qualité finale de l’œuvre.

Autre sujet délicat : Le mawashi (ceinture) est porté avec fierté par le personnage principal jusque dans les transports en commun imité par la suite par tous les protagonistes qui oseront s’afficher dans cette tenue traditionnelle lors d’entrainement ou de rencontre officielle. Le but étant bien sûr de casser l’image honteuse du port de ce bout de tissu ne couvrant que peu de choses du physique très généreux des rikishi (lutteurs de sumo).
 
© 2014 Kawada / SHUEISHA

Le personnage principal, Hinamaru, en impose clairement. Il semble être dès le départ, très fort dans son sport de prédilection. On retrouve un peu la même conception narrative dans l’un des gros succès actuel du manga sportif : Kuroko’s Basket via Tetsuya Kuroko qui raconte l’histoire d’un prodige du basket. C’est un pied de nez aux titres plus anciens comme Slam Dunk ou Hikaru no go qui nous faisait découvrir un sport à travers les yeux de novices. Hinamaru Sumo est dans l’air du temps !

Pour autant, il faut penser à tous ceux qui vont découvrir le sumo par l’intermédiaire de ce manga et c’est là qu’intervient Yuma Gojô, le troisième personnage membre de l’équipe qui fera office de candide et aura le droit à diverses leçons sur ce sport de la part de ses deux coéquipiers : Une manière indirecte de faire profiter au lecteur des explications techniques qui lui sont transmises.

L’idée de transformer un sport individuel en sport collectif via des compétitions par équipe est plutôt bien sentie. Cette méthode est d’ailleurs utilisée dans Hikaru No go avec le tournoi des collèges. La volonté de dépassement de soi pour faire gagner un groupe est noble et peut facilement prendre aux tripes les lecteurs en jouant sur les valeurs bien connues du sport collectif telle que la solidarité, le respect, l’engagement et générer des émotions fortes. Il est aussi plus simple pour l’imagination du lecteur de s’intégrer dans une équipe que de s’identifier uniquement à un personnage solitaire.

La seconde partie du manga voit l’arrivée d’un autre personnage :  Mizuki Sada, un rival pour Hinamaru. Les deux jeunes représentent tous les espoirs d’une nation et l’avenir du sumo. Pour offrir du grand spectacle, il faut forcement deux athlètes de génie qui s’affrontent et laissent entendre au lecteur que cette bataille ne sera pas seulement liée à une compétition mais sera une espèce de fil rouge, une rivalité sur le long terme qui va nourrir le récit. Un autre point intéressant concernant les deux sportifs est leur prétendue force cachée dont on ignore les limites. On a vraiment hâte d’assister à la confrontation des deux jeunes prodiges pour mieux les cerner.

Histoire de ne pas perdre le rythme, la fin du premier tome se dirige immédiatement sur une compétition importante pour le lycée d’Hinamaru qui continue d’impressionner et de gagner des points dans le cœur des lecteurs.
 
© 2014 Kawada / SHUEISHA

En ce qui concerne l’édition de ce manga, on peut dire que les traductions des termes techniques et les explications sont claires. Le souci de ce format poche à 6,90 euros chez Glénât reste l’utilisation de feuilles trop fines. Il est certain qu’au fil des années, le papier va se détériorer et jaunir car plus sensible à la lumière et à l’humidité que des grammages plus conséquents. Les collectionneurs préfèrent assurément investir quelques centimes d’euros de plus et obtenir le même résultat qu’un manga des éditeurs comme Ki-oon ou Kurokawa bien plus épais. La comparaison entre The Heroic Legend of Arslân par exemple (75 centimes d’euros de plus seulement et imprimé en France) et  Hinomaru Sumo est sans appel.

Finalement ce shônen de sumo que personne n’attendait est plutôt une bonne surprise. On est attrapé par la thématique principale et le scenario classique mais efficace, sans temps mort qui accroche facilement le lecteur. Les personnages sont charismatiques et on a hâte de découvrir la suite de leurs aventures et d’en apprendre un peu plus sur ce sport ancestral qu’est le sumo en leur compagnie. Les adeptes des mangas sportifs peuvent foncer les yeux fermés sur cette nouvelle série. Les moins fans peuvent tenter aussi et seront surpris de prendre du plaisir sur un sujet et un style qu’ils n’ont pas l’habitude de lire.
cadre-Kouje

Kouje

Adepte de tous les types de mangas existants, je souhaite partager ma passion avec le plus grand nombre à travers ce site.
manga
Hinomaru sumô-1
Volume 1 (France)
Glénat Manga
6.9 €
achat-amazon
Score
6.0 mangeeka
1 note
- membre
aucune note