Critique de Hunter x Hunter-1 v.1 le 31/03/16 à 22:29 par Kouje
Yoshihiro Togashi, après des mois d’absences, signe son grand retour en 1998 avec Hunter x Hunter. On décrit souvent ce mangaka comme un marginal parmi les artistes japonais. On se souvient, par exemple, de sa décision abrupte d’arrêter l’un des plus gros succès des années 90, Yuyu Hakusho. Il est aussi victime de mystérieux soucis de santé qui l’éloignent régulièrement de son poste de travail et qui contribuent à alimenter le mythe. Malgré cela, son univers inimitable et la singularité de sa plume font de lui une poule aux œufs d’or dans le Weekly Shônen Jump qui lui passe tous ses caprices, cas extrêmement rare dans le monde très codifié de l’édition japonaise. Cette Rockstar du manga suscite de nos jours autant l’admiration que l’exaspération chez les lecteurs du monde entier mais, quoiqu’on en dise, chacune de ses nouvelles licences est scrutée à la loupe. Hunter x Hunter n’échappe pas à la règle et ce shônen est devenu une référence juste quelques mois après sa sortie.
 
© Hunter X Hunter by Yoshihiro Togashi / SHUEISHA INC.


On suit les aventures de Gon Freecss, douze ans, qui souhaite devenir "Hunter" afin de retrouver son père Gin qui l’a abandonné à sa naissance. Le terme "Hunter" désigne un aventurier aux capacités hors-normes qui obtient des accréditations et des ressources financières pour parcourir le monde à la recherche de tout ce qui est du domaine de l’inconnu pour les humains.

L’examen pour l’obtention du statut de Hunter, qui a lieu chaque année, est extrêmement difficile et périlleux. Il se murmure qu’un seul candidat sur 10 000 arrive à trouver le lieu des épreuves maintenu secret. Les chances d’obtenir ce titre à la première tentative seraient, de plus, infimes. Durant les éliminatoires, il n'est pas rare d'être blessé, voire tué par des monstres, des pièges ou même d'autres concurrents…

Inexorablement, dès les premières pages, la magie opère. Tout comme un Tim Burton au cinéma, Yoshihiro Togashi impose son style dans cet ouvrage. On y retrouve ce mélange d’innocence et de violence qui lui sont propre dans un shônen qui se veut pourtant édulcoré par définition.

D’ailleurs pour la petite histoire, à sa sortie en France, une association de parents avait écrit aux éditions Kana pour se plaindre que le manga Hunter x Hunter allait traumatiser les jeunes enfants à vie et que c’était un scandale de le commercialiser ! Triste raccourci et méconnaissance flagrante du sujet de la part de défenseurs de la pensée unique qui associent encore et toujours la culture manga à la jeunesse pré-pubère. Peut-être qu’un jour, ils comprendront que l’art est multiple, les sensibilités diverses, la culture universelle, que tout est question d’éducation et non de censure ! Oui, Hunter x Hunter peut être une œuvre dérangeante voir malsaine dans les mains d’un très jeune public mais n’est-ce pas aussi le cas de livres comme Hunger Games de Suzanne Collins ou Le Labyrinthe de James Dashner décrivant des adolescents qui s’entretuent et que les médias n’hésitent pas à mettre en avant sans que personne ne s’offusque ?

Vaste débat mais revenons-en au manga ! Son autre point fort hormis la patte artistique de son auteur, c’est bien sur son histoire. Les quelques mois d’oisiveté de Yoshihiro Togashi ont été utilisés à bon escient. Le premier tome au rythme haletant enchaîne les intrigues et la fluidité du récit nous emporte dès les premiers chapitres.

La mise en place des personnages est astucieuse. Un groupe aux personnalités diverses et intéressantes se forme autour de Gon pendant l’examen de Hunter avec l’arrivée de Kurapika, Leolio et Kirua. On fait rapidement le parallèle avec l’autre succès de Togashi : Yuyu Hakusho qui était lui aussi construit autour d’un groupe de quatre individualités fortes (Yusuke, Kurama, Hiei et Kuwubara). Les habitués retrouvent un univers dans lequel ils sont confortablement installés. Les nouveaux lecteurs ne sont pas perdus pour autant car l’objectif de chaque personnage est bien expliqué ce qui permet de s’identifier rapidement à l’un ou à l’autre des protagonistes et de les suivre dans les épreuves de hunter complétement improbables inventées par le mangaka.
 
© Hunter X Hunter by Yoshihiro Togashi / SHUEISHA INC.


Tout n’est pas parfait bien sûr. On peut reprocher à l’auteur de trop s’appuyer sur les codes du shônen nekketsu (voir critique du tome 1 de Satan 666 pour plus de précision sur ce terme). Un jeune garçon qui part à l’aventure, des épreuves qu’il faut réussir pour poursuivre son rêve, des adversaires qui deviennent des compagnons sont autant de marqueurs récurrents de ce type de manga que l’on décèle facilement dans Hunter x Hunter.

Yoshihiro Togashi rajoute néanmoins un petit plus qu’on ne retrouve pas ailleurs. Dans le quatuor cité précédemment, un duo se forme qui sera finalement le véritable personnage principal de ce manga. Gon et Kirua sont construits sur la symbolique du Ying et du yang. Tout les opposent mais ils sont complémentaires ce qui va créer une amitié sincère entre ces deux enfants. L’idée d’un double personnage comme moteur d’un shônen est révolutionnaire à cette époque et sera reprise 13 ans plus tard dans le manga Bakuman de Takeshi Obata et Tsugumu Oba.

Les personnages secondaires ne sont pas laissés pour compte, bien au contraire ! Dans ce premier volume, que ce soit Kaito (le mentor de Gon), Gin (son père) ou bien encore le mystérieux Hisoka, chacun impose son caractère charismatique en quelques cases et nous donne envie de les recroiser très rapidement.

En ce qui concerne le dessin, le mangaka ne se fait aider que très rarement par des assistants. On le remarque par son trait fin, rapide, qui se concentre sur la représentation des personnages en évitant dès que possible de remplir le fond des cases. Les jeux d’ombres et de lumières ne sont pas non plus sa tasse de thé. Cependant là encore, son originalité dans la conception des personnages, ses trouvailles pour les décors ou ses monstres originaux gomment tous les autres défauts. Plus qu’un beau dessin, il a ce que recherche n’importe quel artiste, un style qui lui est propre pour s’exprimer sans limite ! On jubile en partageant ses voyages dans ses univers oniriques, psychédéliques ou même morbides.
 
© Hunter X Hunter by Yoshihiro Togashi / SHUEISHA INC.


Sachez que cette critique a été écrite à partir de la première édition du manga chez Kana, en 1998. Le papier a jauni, la couverture a pâlit, l’édition ne fait pas vraiment honneur à l’œuvre. Seul point positif, aucune page ne s’est décollée de la reliure. Hunter x Hunter étant une référence dans le catalogue de l’éditeur, de nombreuses réimpressions ont été sortie bénéficiant d’une bien meilleure qualité… Il n’y a pas d’inquiétude à avoir si vous achetez neuf mais il faut être vigilant en ce qui concerne l’occasion.

Hunter x Hunter est un shônen indispensable où l’imaginaire et l’originalité de la plume de Yoshihiro Togashi s’exprime sans retenue. L’œuvre n’a pas pris une ride en 15 ans ce qui n’est pas forcément le cas d’un autre poids lourd du genre : Dragon Ball. Les surprises omniprésentes tout au long du récit accrochent le lecteur et il est très difficile de résister à l’envie de se jeter sur la suite des aventures de Gon et Kirua, les apprentis hunters.
 
cadre-Kouje

Kouje

Adepte de tous les types de mangas existants, je souhaite partager ma passion avec le plus grand nombre à travers ce site.
manga
Hunter x Hunter-1
Volume 1 (France)
Kana
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Score
8.0 mangeeka
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