Critique de Kiriko v.1 le 04/12/16 à 14:22 par Kouje
Kiriko, disponible depuis le 22 septembre 2016 en France, est un seinen manga de Shingo Honda que vous connaissez sans doute pour ses œuvres comme les excellents Ping Pong Dash (Doki-Doki) et Hakaiju (Declourt Tonkam). L’auteur à la malchance de voir ses seules réalisations traduites en français soit arrêtées en cours de route ou tout simplement retirées du circuit de vente classique. Cela ne laisse comme unique solution que de se tourner vers l’occasion pour pouvoir découvrir le travail de cet artiste atypique. La bonne nouvelle avec Kiriko, c’est le format one-shot du titre. Vous êtes certain d’avoir la collection complète cette fois-ci !

Commençons immédiatement cette analyse avec le synopsis qui ne casse pas trois pattes à un canard mais qui a l’avantage d’être sans fioriture. Avec 192 pages au compteur, nous comprenons aisément que Shingo Honda n’a pas le luxe de s’étendre sur le fond de l’histoire.

Donc, bien des années après avoir quitté l'école, un certain "K" donne rendez-vous à un groupe de collégiens d’une même classe. La lettre qu’ils reçoivent tous leur propose de marquer le seizième anniversaire de la mort mystérieuse de leur ex-camarade Setsuko Okumura. C’est une occasion parfaite pour reparler de cet événement, partager des souvenirs et déterrer la capsule temporelle enfouie dans la cours du collège depuis cette époque.

La joyeuse bande se retrouve dans l’ancien établissement de campagne abandonné qui s’est forcément irrémédiablement délabré au fil du temps. Comme nous ne sommes pas trop bêtes et que nous avons une histoire horrifique entre les mains, nous sentons venir  très rapidement le contexte idéal pour que la suite des évènements prenne une mauvaise tournure.

Cela ne va pas tarder car dès la 15e page, nous pouvons admirer une scénette morbide en gros plan sur une page complète via une première victime dans un lieu pour le moins insolite ! Afin d’éviter un maximum de spoil, non, ce n’est pas le colonel moutarde avec le chandelier dans la cuisine…

Au risque de passer aussi pour de gros sadiques, nous sommes forcés d’avouer qu’il est jouissif de ne pas toujours lire une thèse de philosophie lorsque l’on ouvre un manga. La mise en abyme rapide des concepts classiques d’épouvantes au sein de l’histoire, nous permet de prendre du bon temps "goresque" dès les premières pages sans trop se questionner sur le fond. Nous comprenons rapidement que Shingo Honda souhaite se faire plaisir avec ce manga qui s’inspire très nettement des long-métrages américains et japonais du genre.
 
© 2015 Shingo Honda

L’autre point fort du manga n’est autre que l’utilisation du "slasher" en plus de jouer sur le thème de huis clos. Pour ceux qui ne connaissent pas ce terme, un slasher est un sous-genre cinématographique très spécifique rattaché au film d’horreur. Il met systématiquement en scène les meurtres d’un tueur psychopathe, qui élimine méthodiquement un groupe de jeunes individus, souvent à l’arme blanche ou à l’aide de pouvoirs paranormaux. Ici, c’est une créature au doux nom de Kiriko (qui n’est ni petit, ni mon ami) qui endosse ce rôle et qui va s’en donner à cœur joie !

Le mangaka aurait pu s’arrêter là et continuer la boucherie jusqu’au dernier survivant mais dans ce cas, nous aurions dû mettre une partie du synopsis aux oubliettes. Une fois les premiers meurtres passés, nous nous posons beaucoup de questions. D’où vient cette créature nommée Kiriko ? Qui est l’auteur de la lettre ? Comment les jeunes vont ils s’en sortir ? Où se cache le One Piece ? (pour la dernière, nous sommes nombreux à nous la poser quelle que soit notre lecture).

C’est à ce moment que l’auteur doit faire appel à son talent de scénariste sous peine de créer des crises d’aérophagie chez le lecture curieux, innocent et pur qui ne demande qu’à assouvir sa soif de conclusion d’intrigues délirantes. Le bougre y arrive plutôt bien, les informations parsemées au fils des pages tiennent la route et tout s’emboite intelligemment. Même si plusieurs situations sont discutables, l’auteur essaye toujours de relier les cases avec une explication plus ou moins
 
© 2015 Shingo Honda

Malheureusement tout n’est pas parfait ! Vous êtes sur Mangeeka, la critique manga sans langue de bois ! donc nous allons voir ensemble les défauts de ce titre.

Construire une histoire qui tient la route du début à la fin sur le principe d’un film d’épouvante, vous vous doutez bien que la mission s’annonce ardue. Le principe du huis clos se base uniquement sur une route barrée par un glissement de terrain. Forcément, la seule solution c’est de retourner s’enfermer dans une école abandonnée avec un tueur psychopathe. L’option de se cacher dans la nature n’est même pas évoquée une seule fois.

L’utilisation d’arme pour se défendre, ne semble pas non plus être pertinente pour les protagonistes dont l’un d’entre eux préfère se promener avec sa guitare. Qui sait ? Peut-être qu’en jouant du Christophe Maé, le monstre va-t-il s’enfuir en courant ?

Vous allez me dire que nous chipotons un peu, certes, mais ce qui dérange le plus au final, c’est l’utilisation d’une perte de mémoire pour justifier le cliffhanger narratif final. Ce procédé ne met jamais en valeur l’histoire et sert juste de raccourci pour fournir une conclusion rapide au lecteur. De plus, nous comprenons dès les premières lignes que la solution au problème crucial des ex-élèves se cache dans la capsule temporelle enterrée lors de leurs années collèges.

L’autre souci majeur nous vient de la personnalité des protagonistes qui parcourent ce scénario. Le héros principal, Ryôsuke, souhaite enquêter sur la mort de son ami seize ans plus tôt mais ceci passe vite au second plan. Le reste de la bande brille par son insignifiance et les traits de caractères sont tous plus clichés les uns que les autres. Nous avons au casting : Le musicien raté, la blonde aux gros seins, le salaryman, l’ancien voyou, le geek coincé et enfin la gentille fille qui forment un sextuor de choc mais aucunement inattendu.
 
© 2015 Shingo Honda

Côté graphisme, il faut reconnaître que l’expérience de Shingo Honda en tant qu’adepte du genre ou tout simplement en tant que mangaka se ressent dans de nombreuses cases. Le monsieur utilise à  merveille des techniques du cinéma d’horreur via des gros plans macabres ou encore l’ombre du slasher qui s’approche petit à petit de ses victimes en arrière-plan. L’expression sur les visages tantôt déformés par la peur ou la surprise évite de bien longs discours et donne un sens prioritaire à l’action. Nous pourrions critiquer un manque de style propre à cet artiste mais techniquement, difficile de faire la fine bouche.

Pour finir cette critique du one-shot Kiriko, parlons du travail de Komikku qui fournit une fois de plus un ouvrage de qualité dans un format 132x190mm à mi-chemin entre le livre de poche et une édition Deluxe que nous apprécions tout particulièrement. Celui-ci permet de profiter pleinement des envolés graphiques de l’auteur lorsqu’il s’agit de démembrer ses personnages. Le papier souple, couleur crème et la police d’écriture assez classique parachève cette édition imprimée en France de surcroit.

Au final, sans être le one-shot indispensable de l’année, Kiriko se révèle être un ouvrage plaisant à lire pour tous ceux qui aiment ce genre de manga. Nous nous amusons des scènes gores qui s’enchainent de façon limpide tout en nous questionnant sur diverses énigmes parsemées au fil des pages. Enfin l’édition de qualité que nous proposent les éditions Komikku nous pousse à vous conseiller cette lecture si vous souhaitez reposer vos neurones entre deux tomes de Wet Moon du mangaka Atsushi Kaneka par exemple. Vous noterez aussi que ce manga peut être une idée de cadeau amusant même si, attention, celui-ci reste pour un public averti !
cadre-Kouje

Kouje

Adepte de tous les types de mangas existants, je souhaite partager ma passion avec le plus grand nombre à travers ce site.
manga
Kiriko
Volume 1 (France)
Komikku Editions
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Score
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