Critique de Last Hero Inuyashiki v.1 le 21/02/16 à 02:50 par Kouje
Hiroya OKU, l'auteur au succès planétaire avec Gantz, nous reviens en 2014 avec un titre forcement très attendu : Last Hero Inuyashiki qui met en exergue une fois de plus l'amour du mangaka pour la science-fiction. Gantz était à sa sortie un véritable défouloir métaphysique qui a su conquérir un large publique en mélangeant actions frénétiques et questions existentielles. Avec cette nouvelle proposition artistique, on est curieux de savoir si la recette de l'auteur restera la même ou si celui-ci arrivera de nouveau à nous surprendre dans son style de prédilection.

Les influences d'Hiroyuki OKU sont multiples, s'inspirant en partie des travaux de Katsuhiro OTOMO (Akira, Dômu, Zed, Steamboy...), des séries américaines des années 80 (The Greatest American Hero) ou bien encore des romans de Robert Sheckley (La septième victime, le temps meurtrier...) mais avec toujours avec un point commun : la science fiction.
On remarque immédiatement que, comme dans Gantz, aucun robot géant, aucun extra-terrestre déjanté ou porte des étoiles n'interviennent dans les premières pages de Last Hero Inuyashiki. On se concentre sur un récit à priori plutôt classique.
 
2014 Hiroya Oku / KODANSHA


L'histoire commence de nos jours au Japon avec la banale famille Inuyashaki qui emménage dans sa nouvelle maison. Le scénario est centré sur le père de famille, 58 ans, délaissé par sa femme, son fils et sa fille, simple employé de bureau minable à qui rien ne réussi dans la vie. Sa solitude est telle qu'il se résout à adopter un chien contre l'avis de tous pour combler le vide affectif. Comble du malheur, Ichiro Inuyashi apprend de son médecin qu'il est malade : Il a un cancer et il ne lui reste plus que trois mois à vivre.

On est sur l'anti-héros par excellence et c'est un pari très risqué pour le mangaka de tout miser sur une personne proche de la retraite au vu de l'âge de son jeune lectorat. En plus, Hiroya ODA n'y va pas avec le dos de la cuillère car le principal protagoniste est vraiment repoussant voir détestable : Petit, maigrelet, faisant bien plus que son âge, transpirant sans cesse, tremblotant une case sur deux et bien incapable de dire ouvertement ce qu'il pense pour ne pas dire qu'il est lâche, on ressent tout de suite l'envie de l'auteur de se démarquer des productions concurrentes qui préfèrent mettre en avant des héros dans la force de l'âge avec un capital sympathie bien plus élevé que celui-ci.
Ce n'est cependant pas rédhibitoire comme angle d'attaque pour un scénario. Au moment où l'on apprend la maladie du personnage, j'ai tout de suite fait le rapprochement avec la série américaine et son légendaire Walter White : Breaking Bad.  M.White, lui aussi cinquantenaire avec peu d'atout au départ de l'histoire est devenu culte auprès de toute une jeune génération. Plus récemment, dans le manga de science fiction Terraformars, plusieurs personnages sont proches de la cinquantaine comme Sylvester Asimov, le russe ou Shokichi Komachi, le japonais et là aussi le succès est au rendez-vous.
Du coup, l'éditeur et son poulain font d'une pierre deux coups : Être original tout en espérant une belle réussite commerciale ! D'ailleurs, à l'heure ou j'écris ces lignes, le pari est déjà gagné car le manga rencontre un franc succès critique et populaire au Japon.

Revenons à l'histoire, comme on le disait, Ichiro n'a plus que trois mois à vivre à cause d'un cancer. Il souhaite l'annoncer à sa famille rapidement mais personne ne daigne répondre au téléphone. Il décide de rentrer chez lui pour l'annoncer de visu à sa femme mais la peur de ne pas la voir esquisser la moindre compassion à l'annonce de sa révélation lui font faire marche arrière... Ceci est une scène parmi tant d'autres qui nous plonge dans l'ambiance de cette famille si normale en apparence mais qu'on ne peut s'empêcher de trouver pathétique. Ce miroir de la société Japonaise criant de vérité dans un simple manga de science-fiction est bénéfique à la qualité du récit car sans aucun effet particulier, on est happé par cette tranche de vie. Du coup, le passage "what the f... ??" qui arrive juste après comme un bouton poussoir actionné nous faisant passer de la normalité la plus banale à un imaginaire débridé, prend beaucoup d'ampleur.

Ichiro Inuyashiki, réalisant à quel point sa vie est pitoyable, s'écroule de tristesse en enlaçant son chien sur la pelouse d'un jardin publique. C'est alors qu'un objet non identifié s'écrase provoquant une importante déflagration touchant le personnage principal et un jeune homme présent par hasard à ses côtés. Bizarrement, le père de famille se réveille le lendemain dans son lit sans aucune égratignure... Ichiro se rend vite compte qu'il est devenu une machine et que l'accident de la veille n'était pas un rêve.

Le récit entre dans sa deuxième phase après l'interrogation de l'auteur sur ce qui fait de lui un homme accompli au sein d'une société moderne. Suite à sa transformation en cyborg, Inuyashiki, nous questionne du coup sur notre propre humanité. Rien que ça ! Le vieil homme est forcément complètement chamboulé par sa métamorphose, "c'est encore une vacherie de la vie" se dit-il. Il semble pourtant guéri du cancer mais ce qui l'horrifie, au delà de la mort, c'est d'avoir sans doute perdu son humanité...
Alors qu'il marche sans but en s'abrutissant de questions, Ichiro assiste à l'agression d'un S.D.F et décide d'intervenir. Lui qui avait toujours fait preuve de lâcheté face à tout ce qui l'entourait, il sauve le pauvre homme ce qui le rassure quant à sa faculté de ressentir et d'avoir un coeur, Cette scène est puissante émotionnellement, comme pas mal de scènes de ce premier tome.
Vous l'aurez compris, le scénario de ce premier tome de Last Hero Inuyashi.semble simpliste de prime abord mais il y a de plusieurs niveaux de lecture menant à des réflexions sur des sujets profonds et intéressants.
 
2014 Hiroya Oku / KODANSHA


Gantz était magnifique visuellement donc on n'est pas surpris de retrouver le mangaka au sommet de son art avec certaines planches explosives pour les mirettes. Hiroya OKU mélange habilement l'outil informatique et le travail à l'ancienne. L'ordinateur est utilisé surtout pour les décors qui viennent de photos de lieux existants ou pour les textures des personnages voir plus globalement pour le remplissage. Le crayon lui, intervient pour dessiner tous les personnages ou rajouter des éléments qui n'existaient pas sur les prises de vues réelles.

Ce qui impressionne le plus dans Last Hero Inuyashiki, ce sont les modélisations cybernétiques minutieuses du personnage principal. Elles sont vraiment bien incorporées au travail manuel et on sent que l'auteur maîtrise vraiment son sujet. On aime aussi l'absence de scènes érotiques qui polluaient un peu trop souvent sa précédente fiction et n'apportaient pas grand chose à l'histoire. Le revers de la médaille c'est que le mangaka impose son style si particulier à toutes ces oeuvres, un peu comme un Tim Burton au cinéma ; du coup, si l'on est réfractaire à sa patte artistique, on peut vraiment passer à côté de ce manga.

On finit comme d'habitude sur le travail de l'éditeur français, Ki-oon qui nous délivre un travail de qualité avec des couvertures brillantes aux couleurs éclatantes (ça fait un peu pub de lessive). On retrouve aussi deux pages couleurs en début de tome. Le manga est dans un format 130x180mm donc un peu plus grand que le format poche classique 115x180mm pour un prix encore abordable de 7.90€. Le lettrage est soigné. On remarque plusieurs changements de polices en fonction des situations et tout est bien agencé. Seule ombre au tableau, le sommaire sur la couverture intérieure qui est vraiment bancal et les numéros des pages mal alignés. A noter que ce soucis est réglé sur les volumes suivants avec une page assignée spécialement au sommaire.

Pour conclure, je suis plutôt séduit par ce premier volume de Last Hero Inuyashiki qui mélange habilement science-fiction et dimension sociale tout en restant avant tout un divertissement pour le lecteur. Le style graphique peut en rebuter certain mais si vous faite partie de ceux qui ont aimé Gantz, le risque de déception me semble assez faible. Il ne faut pas non plus s'enflammer et voir ce que nous réserve la suite des aventures d'Ichiro, le vieillard cyborg car Hiroya OKU peut vite partir en vrille si on se fie à ses précédentes oeuvres (comme par exemple l'épisode des vampires dans Gantz...).
cadre-Kouje

Kouje

Adepte de tous les types de mangas existants, je souhaite partager ma passion avec le plus grand nombre à travers ce site.
manga
Last Hero Inuyashiki
Volume 1 (France)
Ki-oon
8 €
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