Critique de My Hero Academia-1 v.1 le 14/04/16 à 19:25 par Kouje
Nous vivons une époque formidable pour les otakus du monde entier !

Deux des plus gros best-sellers des 15 dernières années (Naruto et Bleach) tirent leur révérence à quelques mois d’intervalle, créant ainsi une effervescence historique dans le monde de l’édition japonaise. Tous les acteurs du milieu souhaitent ardemment s’emparer de l’une de ces places tant convoitées du "manga référence". Cette distinction réservée à un nombre de titres se comptant sur les doigts d’une main, assure gloire à l’auteur et rentabilité pour de nombreuses années à l’éditeur. On peut affirmer, sans prendre trop de risque, qu’un shônen (œuvre dont la cible éditoriale vise un jeune public masculin) a de grande chance de s’immiscer dans ce quintet d’or derrière un One Piece intouchable pour quelques années encore.

De ce fait, lorsque l’on voit débarquer un shônen lancé en grande pompe au pays du soleil levant puis dans l’hexagone, on se demande forcement, comme Morpheus dans Matrix, s’il s’agit enfin de l’Elu !

My Hero Academia de Kohei Horikoshi se pose en challenger sérieux pour le titre au vu de son démarrage fulgurant au Japon et de son thème des super-héros très à la mode en ce moment. Ce thème a déjà utilisé récemment d’ailleurs en France par un One Punch Man fort rafraichissant. La question qui est en jeu ici est donc la suivante : My Hero Academia est-il un simple feu de paille ou le futur soleil de l’univers manga ? Mangeeka se fait une joie de décortiquer ce premier volume pour tenter, sans langue de bois, de vous apporter, un début de réponse, la nôtre en tous cas.
 
© 2014 by Kohei Horikoshi / SHUEISHA Inc.


Dans un premier temps, intéressons-nous à Kohei Horikoshi qui se cache derrière My Hero Academia. Né en 1986 dans la préfecture d’Aichi au Japon, il a remporté le prix Tezuka des nouveaux espoirs à seulement 20 ans avec son one-shot Nukegara. L’une de ses séries les plus célèbres : Crazy Zoo a aussi eu droit à une adaptation française chez Delcourt. On y retrouvait déjà un style bien défini qui mélangeait humour déjanté et affrontements dynamiques. Malheureusement, le titre souffrait d’un manque de prise de risque pour un shônen et il fut interrompu abruptement au bout de 5 tomes. Avec My Hero Academia, le mangaka retente sa chance dans son style de prédilection en se servant d’un ancien one-shot qu’il avait réalisé 7 ans plus tôt comme base de son histoire. Grand lecteur de shônen et fan de super-héros américains, il leur rend visiblement un hommage appuyé dans cette nouvelle œuvre en mêlant les codes du manga à ceux des comics made in USA.

Dans un monde où 80 % de la population possède un superpouvoir appelé "alter", les héros ainsi que les vilains font partie de la vie quotidienne. Face à eux se dresse l’invincible All Might, le plus puissant des héros à qui le jeune Izuku Midoriya rêve de ressembler un jour. Pour cela, il souhaite passer le concours d’entrée de la Hero Academia pour suivre les traces de son idole. Le problème est qu’il fait partie des 20 % qui n’ont aucun pouvoir… Son destin est bouleversé le jour où sa route croise celle d’All Might en personne ! Ce dernier lui offre une chance inespérée de voir son rêve se réaliser…

Le synopsis est clairement un mélange entre Naruto qui passe par l’académie des ninjas pour accomplir son rêve de devenir Hokage et la bande-dessiné X-men dont les pouvoirs des personnages se révèlent du jour au lendemain créant deux camps au sein de la population terrestre : mutant et humain. Du coup, il n’existe pas ou peu d’effet de surprise durant les premiers chapitres. La suite de l’aventure est alors terriblement prévisible. Difficile d’imager, malgré les obstacles, que le personnage principal Izuku Midoriya reste sans pouvoir ou bien qu’il échoue à l’épreuve de sélection de la Hero Academia…

Le deuxième déplaisir qui surgit rapidement dans ce tome est le caractère insupportable du jeune Izuku Midoriya qui pleurniche non-stop dès qu’il est en difficulté. On a l’impression de revoir Yûgi Muto dans Yu-Gi-Oh avec son syndrome de la tête à claque ! On comprend bien l’idée de l’auteur qui serait de créer un anti-héros qui devient quand même un héros par la suite mais il ne fallait pas pour autant rendre le personnage principal si pitoyable dès le départ aux yeux du lecteur ! Ça gâche l’envie de le suivre et de s’identifier à lui !

L’histoire enchaine sur le sempiternel entrainement qui rendra le jeune garçon plus fort pour la suite. Là encore, ça manque de panache. On dirait presque une publicité pour «WWF » vu que la mission consiste au nettoyage d’une plage… On enchaine heureusement rapidement sur l’examen d’entrée à l’académie des héros.
 
© 2014 by Kohei Horikoshi / SHUEISHA Inc.


Au milieu du premier tome, le scénario prend enfin un peu plus d’envergure avec notamment l’arrivée de nouveaux protagonistes. La mise en situation du rôle de héro dans une ville factice reproduite sur un terrain d’entrainement apporte enfin un peu de fraîcheur. Malheureusement cette impression est de courte durée. C’est tellement attendu qu’Izuku Midoriya sera sélectionné sur son courage et non sa force que ça en devient lassant. De plus, comme par hasard, il est le seul dans ce cas, histoire de bien mettre en avant que c’est lui le héros principal de l’histoire.

Malgré ces points négatifs, il est difficile de dire que My Hero Academia est mauvais ! Les japonais ne sont pas des idiots et si le manga a du succès à l’autre bout du monde ce n’est pas pour rien.

Ce n’est un secret pour personne, la mondialisation continue son installation dans tous les domaines de notre vie quotidienne. Cela a un impact direct sur l’économie de la culture. Il n’est donc pas surprenant que le manga, pris en tenaille entre la bande dessinée francophone et le comics lorgne de plus en plus sur ses comparses. L’idée de se servir de ce phénomène dans My Hero Academia donne une base très puissante pour la suite et s’adapte bien à notre époque.

L’utilisation des codes du shônen nekketsu (voir critique Satan 666) sont habiles et bien présents pour ne pas perdre le lecteur puriste même si ils sont trop visibles à notre gout. On connait tous le potentiel d’évolution de ce genre de titre et c’est rarement dans le négatif.

Au final même si ce premier tome n’est pas exceptionnel, on a quand même envie de découvrir la suite.


Malgré les quelques impressions négatives, il y a plusieurs bonnes idées dans le scénario de My hero Academia Tome 1 : L’utilisation de l’alter qui entraine un contre coup en fonction du pouvoir et qui oblige le héros à l’utiliser avec parcimonie pour ne pas se faire du mal en est une. La formation d’une équipe assez rapide de super héros comme c’est le cas dans Avengers chez Marvel ou la Justice League chez DC comics en est une autre et tonifie l’ensemble. L’humour, très présent, permet également d’agrémenter l’éventail d’émotions disponibles dans le manga. Nous avons apprécié le personnage qui tire des rayons de son nombril, version décalée du héros Cyclope des X-men.
 
© 2014 by Kohei Horikoshi / SHUEISHA Inc.


L’éditeur Ki-oon a terriblement envie de reproduire le succès commercial de One Punch Man. Les techniques marketings ont été, pour My hero Academia, reprises quasi à l’identique, notamment la communication à outrance et l’utilisation de l’animé en streaming gratuit comme vecteur promotionnel. Cette fois, on note cependant, l’apparition d’une arme supplémentaire : L’astuce de la double sortie avec la disponibilité immédiate du tome 1 et 2 d’un manga ! Simple supposition de notre part : Peut-être l’éditeur a t’il senti que le premier volume était un peu faible qualitativement parlant et qu’il ne devait pas porter préjudice au titre afin de convaincre un public plus large dès son entrée en commercialisation ? Ou alors le but de cette double parution est de centraliser le budget marketing sur deux tomes pour en vendre deux fois plus très rapidement ? Car c’est bien sur lors de la sortie d’une nouveauté que se fait le plus gros volume de ventes ce qui assure pour la suite une entrée d’argent conséquente à chaque nouveau tome. Tous les acheteurs des premiers tomes voudront, à priori, suivre une bonne série, à moins qu’elle ne devienne une bouse atomique ou que les premiers tomes n’accrochent pas assez les lecteurs ! Ce qui serait une catastrophe pour l’éditeur ayant misé gros sur un futur carton et engagé les frais de promo conséquents.

En ce qui concerne la qualité de l’édition justement, il n’y a rien à redire. Ki-oon nous offre un résultat sérieux pour un prix de 6.60 euros très compétitif. On a beaucoup apprécié la traduction de David Le Quere qui rend les dialogues fluides et retranscrit bien l’humour du titre.

Côté technique, Kohei Horikoshi maîtrise sa plume d’une bien belle façon. Il arrive à donner vie à tous ses fantasmes de super héros assez facilement en insufflant une personnalité visuelle à chacun d’entre eux. Le thème lui donne aussi l’occasion de s’amuser au niveau des costumes plus loufoques les uns des autres. Il fait souvent passer les sentiments de ses personnages par l’expression des yeux en les déformant beaucoup notamment. Il est adepte de l’utilisation de grosses cases qui prennent une demi-page pour mettre en avant une scène importante. Enfin, le mangaka a un sacré sens de la perspective et un talent certain pour dynamiser immédiatement n’importe quelle scène d’action.

Malgré tout le tapage autour de My Hero Academia et l’enjeu économique qui repose sur ce titre, il est difficile d’affirmer que ce premier volume est une réussite. Nous restons plutôt circonspects après avoir fermé le tome. Il y a des éléments intéressants ainsi qu’une utilisation intelligente des codes du shônen mais le classicisme prend parfois trop le dessus. Le scénario manque d’originalité et ne nous surprend quasiment jamais. On nous vend le titre comme le successeur potentiel de Naruto et l’un des futurs blockbusters du secteur donc on est en droit de faire la fine bouche. Etrangement, on a quand même envie de lire la suite pour voir l’évolution du manga. Le travail de l’éditeur Ki-oon sur l’adaptation française ainsi que de subtiles pistes pour la suite, disséminées dans le manga, ne sont pas étrangères à cette envie qui nous taraude.
 
cadre-Kouje

Kouje

Adepte de tous les types de mangas existants, je souhaite partager ma passion avec le plus grand nombre à travers ce site.
manga
My Hero Academia-1
Volume 1 (France)
Ki-oon
7 €
achat-amazon
Score
5.0 mangeeka
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