Critique de My Hero Academia-2 v.2 le 16/04/16 à 03:40 par Kouje
Dans les premiers chapitres de ce deuxième tome de My Hero Academia, les cours se poursuivent au sein de l’école Yuei pour nos futurs héros. All Might prend en charge l’entraînement et impose à ses élèves une simulation de sauvetage d’ogive nucléaire aux mains des vilains.

L’audace scénaristique est, encore une fois, aux abonnés absents et l’exercice se résume à des combats à un contre un. Le mangaka a pris le parti d’écourter drastiquement l’épreuve pour dynamiser le récit et ne pas tomber dans l’un des travers du shônen, c’est à dire les castagnes à rallonge. Malheureusement, c’est une fausse bonne idée car si l’entrainement faisait preuve d’originalité dés le départ, on pouvait très bien créer une confrontation spécifique entre certains personnages sans impliquer les autres. Là, on nous annonce cinq duels en amont et nous n’en voyons que deux, c’est frustrant !

On comprend bien que tout ceci n’est qu’un prétexte pour faire découvrir au lecteur les capacités de certains protagonistes secondaires et mettre en avant l’opposition entre le personnage principal Deku et son ami d’enfance Kat-chan, mais c’est maladroit. On avait de plus déjà bien saisi leur rivalité dans le premier volume. C’est encore une fois redondant et presque lourd.
 
© 2014 by Kohei Horikoshi / SHUEISHA Inc.


Le chapitre suivant nous raconte les élections de délégués de classe et insiste sur le personnage d’Ilda. Ce moment apporte un peu de répit entre deux phases d’actions et permet de nous décrire rapidement la vie en communauté au sein de la Hero Academia. On peut qualifier ce passage d’utile mais il reste trop plat malgré tout.

On bute ici sur une différence culturelle majeure entre les japonais et les français. Les japonais adorent les moments "tranche-de-vie scolaire" pour le côté identification car ils y passent la majeure partie de leur enfance. Ils sont dans la même salle du matin au soir pendant une année. Ils y mangent, jouent, font leur devoirs et le ménage. Ils restent encore pour les clubs intégrés aux écoles le soir quand ce ne sont pas des leçons particulières qui les clouent à leur chaise pendant encore quelques heures. Du côté Français, nous sommes peut-être moins nostalgiques de nos années collège, en tous les cas à l’intérieur des salles de classes et c’est plutôt ce qui se passe en dehors, dans les couloirs, les cours de récréation et les clubs de sport qui laissent des traces indélébiles que ce soit dans le positif ou pas.

Pour  l’anecdote, le personnage d’Izuku Midoriya dans le one-shot de Kohei Horikoshi qui sert de base à My Hero Academia est employé de bureau et non collégien ! Ce revirement de situation a surement été décidé pour correspondre au lectorat japonais du Shônen Jump avant de viser plus tard, en cas de succès, le marché international.

La dernière partie de ce tome, la plus intéressante sans aucun doute, voit l’arrivée de vrais vilains, qui offrent enfin une menace sérieuse aux héros professionnels qui peuplent l’univers de ce manga.

Nous le soulignions dans le premier volume : les ressemblances avec le manga Naruto sont trop flagrantes. Deku et Kat-chan sont les archétypes de Naruto et Sasuke. L’invasion des vilains pendant l’entrainement des élèves peut être comparée à celle d’Orochimaru et de ses acolytes pendant l’examen chûnin. On a bien compris que My Hero Academia se veut le successeur de l’œuvre de Masashi Kishimito mais il serait temps qu’il prenne un peu son indépendance face à son illustre ancêtre s’il veut entrer lui aussi dans la légende.

Deux aspects importants d’un shônen faisaient défaut dans le premier tome : une dose de tristesse maîtrisée afin de toucher au cœur les lecteurs ainsi qu'un ennemi charismatique pour donner du fil à retordre et donc du relief aux héros. Pour le premier point, on attend encore. Il est difficilement concevable qu’un best-seller puisse se passer de scènes émouvantes qui non seulement marquent les esprits mais qui, en plus, promettent beaucoup d’empathie pour les personnages. La force de One Piece, entre autre, ce sont les flashback déchirants sur le passé de chacun des membres de l’équipage du chapeau de paille. On en retrouve également dans Naruto avec Iruka qui s’interpose pour sauver le jeune ninja ou encore dans l’histoire de vengeance de la famille de Sasuke. Tout ceci arrive bien plus vite normalement dans le déroulé narratif. On n’attend pas le troisième tome ! Pour le coup, on a le sentiment que My Hero Academia miserait tout seulement sur l’humour et l’action. Ce serait un choix osé mais qui n’est pas pour le moment à la hauteur de ce pari. Ce shônen ne surclasse pas jusque-là, la masse de titre de style équivalent disponibles sur le marché.

Ce tome reste néanmoins intéressant au moins sur un point : Il propose une jonction scénaristique à toutes les épreuves depuis le début du manga. On se dit que l’histoire est quand même un peu réfléchie en amont. Les apprentis héros jaugent leur limite physique dans un premier temps puis ils constatent le résultat de leur "alter" face à un autre être humain et enfin ils apprennent à utiliser cette force pour le bien d’autrui et non à des fins personnelles comme le ferait un vilain.
 
© 2014 by Kohei Horikoshi / SHUEISHA Inc.


Coté dessin, c’est techniquement toujours aussi bluffant. Petit bémol sur les costumes des héroïnes qui sont tous très sexy pour faire plaisirs aux otakus de figurines ou aux jeunes mâles en manque de sensations fortes. L’image de la femme vue très souvent comme une bimbo dans le shônen doit s’émanciper de ces vieux clichés visuels rétrogrades surtout qu’elle devient de plus en plus l’égale des hommes dans les scénarii. Il faut que cela se ressente maintenant dans les dessins. Erza scarlett du manga Fairy tail en est un bon exemple : Elle est l’une des mages les plus fortes de l’œuvre d’Hiro Mashima avec un passé tortueux à souhait mais l’auteur se sent obligé la plupart du temps de la faire combattre presque nue. A-t-on vraiment besoin de ça pour plaire au lectorat ? Pour en revenir à My Hero Academia, les cosplays sur le personnage de Momo risque d’en faire baver plus d’un dans les conventions pour celles qui oseront !

Ce deuxième volume tente de remédier aux failles du premier mais ce n’est pas suffisant. On note le travail de l’auteur pour dynamiser et moderniser son récit mais il manque encore de noirceur profonde voir de spleen. Le propos est beaucoup trop enfantin, à la limite du puéril. Il faudrait du relief dans le scénario, des scènes clefs et des évènements perturbateurs plus marquants. On attend beaucoup de la suite et de la première confrontation entre le groupe des héros et celui des vilains. La curiosité est encore présente et le tome 3 prévu pour le 9 juin 2016 sera sans doute la clé de voute du succès sur le long terme de ce manga.
 
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Kouje

Adepte de tous les types de mangas existants, je souhaite partager ma passion avec le plus grand nombre à travers ce site.
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My Hero Academia-2
Volume 2 (France)
Ki-oon
6.6 €
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5.0 mangeeka
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